Французская поэзия


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Шарль Бодлер (Charles Baudelaire) (1821-1867)
французский поэт, критик, эссеист и переводчик




«Le Jeu»



The Gamblers



In faded armchairs, harlots of past years
Pale, with false eyebrows, wheedling, fatal eyes,
And weird, affected airs, clink from thin ears
A feeble sound, where tin with crystal vies.

Round the green tables, faces without lips,
Lips without colour, jaws their teeth surviving,
And fingers which a hellish fever grips
Convulsively in breasts and pockets diving

Under the dirty ceiling, lustres flame
And chandeliers, that blaze without remittance
On shady brows of poets dear to fame,
Who come to waste their sorely-sweated pittance.

Such was the picture, in nocturnal dreaming,
I saw unfurled to my clairvoyant eye.
In that grim vault, one form on elbows leaning,
Unspeaking, cold, and envious — was I! —

Yes! envying, for their all-tenacious passion,
These raddled tarts in their funereal glee,
Who trafficked there, in such a merry fashion,
Dead virtue and lost beauty on the spree.

My heart was chilled with fear at envying
Wretches who, headlong, rush to be destroyed,
And, drunk with their own blood, seek anything —
Hell, death, or torture — rather than the Void!

Перевод: Рой Кемпбелл (1901-1957)


Оригинал на французском языке

Le Jeu


Dans des fauteuils fanés des courtisanes vieilles,
— Fronts poudrés, sourcils peints sur des regards d’acier, —
Qui s’en vont brimbalant à leurs maigres oreilles
Un cruel et blessant tic-tac de balancier ;

Autour des verts tapis des visages sans lèvre,
Des lèvres sans couleur, des mâchoires sans dent,
Et des doigts convulsés d’une infernale fièvre,
Fouillant la poche vide ou le sein palpitant ;

Sous de sales plafonds un rang de pâles lustres
Et d’énormes quinquets projetant leurs lueurs
Sur des fronts ténébreux de poètes illustres
Qui viennent gaspiller leurs sanglantes sueurs :

— Voilà le noir tableau qu’en un rêve nocturne
Je vis se dérouler sous mon œil clairvoyant ;
Moi-même, dans un coin de l’antre taciturne,
Je me vis accoudé, froid, muet, enviant,

Enviant de ces gens la passion tenace,
De ces vielles putains la funèbre gaîté,
Et tous gaillardement trafiquant à ma face,
L’un de son vieil honneur, l’autre de sa beauté !

Et mon cœur s’effraya d’envier le pauvre homme
Qui court avec ferveur à l’abîme béant,
Et, soûlé de son sang, préférerait en somme
La douleur à la mort et l’enfer au néant !


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