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Шарль Бодлер (Charles Baudelaire) (1821-1867)
французский поэт, критик, эссеист и переводчик



Перевод стихотворения Les Petites Vieilles на английский язык.



The Little Old Women



I

Deep in the tortuous folds of ancient towns,
Where all, even horror, to enchantment turns,
I watch, obedient to my fatal mood,
For the decrepit, strange and charming beings,
The dislocated monsters that of old
Were lovely women — Lais or Eponine!
Hunchbacked and broken, crooked though they be,
Let us still love them, for they still have souls.
They creep along wrapped in their chilly rags,
Beneath the whipping of the wicked wind,
They tremble when an omnibus rolls by,
And at their sides, a relic of the past,
A little flower-embroidered satchel hangs.
They trot about, most like to marionettes;
They drag themselves, as does a wounded beast;
Or dance unwillingly as a clapping bell
Where hangs and swings a demon without pity.
Though they be broken they have piercing eyes,
That shine like pools where water sleeps at night;
The astonished and divine eyes of a child
who laughs at all that glitters in the world.
Have you not seen that most old women's shrouds
Are little like the shroud of a dead child?
Wise Death, in token of his happy whim,
Wraps old and young in one enfolding sheet.
And when I see a phantom, frail and wan,
Traverse the swarming picture that is Paris,
It ever seems as though the delicate thing
Trod with soft steps towards a cradle new.
And then I wonder, seeing the twisted form,
How many times must workmen change the shape
Of boxes where at length such limbs are laid?
These eyes are wells brimmed with a million tears;
Crucibles where the cooling metal pales —
Mysterious eyes that are strong charms to him
Whose life-long nurse has been austere Disaster.

II

The love-sick vestal of the old "Frasciti";
Priestess of Thalia, alas! whose name
Only the prompter knows and he is dead;
Bygone celebrities that in bygone days
The Tivoli o'ershadowed in their bloom;
All charm me; yet among these beings frail
Three, turning pain to honey-sweetness, said
To the Devotion that had lent them wings:
"Lift me, O powerful Hippogriffe, to the skies" —
One by her country to despair was driven;
One by her husband overwhelmed with grief;
One wounded by her child, Madonna-like;
Each could have made a river with her tears.

III

Oft have I followed one of these old women,
One among others, when the falling sun
Reddened the heavens with a crimson wound —
Pensive, apart, she rested on a bench
To hear the brazen music of the band,
Played by the soldiers in the public park
To pour some courage into citizens' hearts,
On golden eves when all the world revives.
Proud and erect she drank the music in,
The lively and the warlike call to arms;
Her eyes blinked like an ancient eagle's eyes;
Her forehead seemed to await the laurel crown!

IV

Thus you do wander, uncomplaining Stoics,
Through all the chaos of the living town:
Mothers with bleeding hearts, saints, courtesans,
Whose names of yore were on the lips of all;
Who were all glory and all grace, and now
None know you; and the brutish drunkard stops,
Insulting you with his derisive love;
And cowardly urchins call behind your back.
Ashamed of living, withered shadows all,
With fear-bowed backs you creep beside the walls,
And none salute you, destined to loneliness!
Refuse of Time ripe for Eternity!
But I, who watch you tenderly afar,
With unquiet eyes on your uncertain steps,
As though I were your father, I — O wonder! —
Unknown to you taste secret, hidden joy.
I see your maiden passions bud and bloom,
Sombre or luminous, and your lost days
Unroll before me while my heart enjoys
All your old vices, and my soul expands
To all the virtues that have once been yours.
Ruined! and my sisters! O congenerate hearts,
Octogenarian Eves o'er whom is stretched
God's awful claw, where will you be to-morrow?

Перевод: Фрэнк Пирс Штурм (1879-1942)


Оригинал на французском языке

Les Petites Vieilles


                      À VICTOR HUGO

I

Dans les plis sinueux des vieilles capitales,
Où tout, même l’horreur, tourne aux enchantements,
Je guette, obéissant à mes humeurs fatales,
Des êtres singuliers, décrépits et charmants.

Ces monstres disloqués furent jadis des femmes,
Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus
Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes.
Sous des jupons troués et sous de froids tissus

Ils rampent, flagellés par les bises iniques,
Frémissant au fracas roulant des omnibus,
Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques,
Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus ;

Ils trottent, tout pareils à des marionnettes ;
Se traînent, comme font les animaux blessés,
Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes
Où se pend un Démon sans pitié ! Tout cassés

Qu’ils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille,
Luisants comme ces trous où l’eau dort dans la nuit ;
Ils ont les yeux divins de la petite fille
Qui s’étonne et qui rit à tout ce qui reluit.

— Avez-vous observé que maints cercueils de vieilles
Sont presque aussi petits que celui d’un enfant ?
La Mort savante met dans ces bières pareilles
Un symbole d’un goût bizarre et captivant,

Et lorsque j’entrevois un fantôme débile
Traversant de Paris le fourmillant tableau,
Il me semble toujours que cet être fragile
S’en va tout doucement vers un nouveau berceau ;

À moins que, méditant sur la géométrie,
Je ne cherche, à l’aspect de ces membres discords,
Combien de fois il faut que l’ouvrier varie
La forme de la boîte où l’on met tous ces corps.


— Ces yeux sont des puits faits d’un million de larmes,
Des creusets qu’un métal refroidi pailleta…
Ces yeux mystérieux ont d’invincibles charmes
Pour celui que l’austère Infortune allaita !

II

De Frascati défunt Vestale enamourée ;
Prêtresse de Thalie, hélas ! dont le souffleur
Enterré sait le nom ; célèbre évaporée
Que Tivoli jadis ombragea dans sa fleur,

Toutes m’enivrent ! mais parmi ces êtres frêles
Il en est qui, faisant de la douleur un miel,
Ont dit au Dévouement qui leur prêtait ses ailes :
Hippogriffe puissant, mène-moi jusqu’au ciel !

L’une, par sa patrie au malheur exercée,
L’autre, que son époux surchargea de douleurs,
L’autre, par son enfant Madone transpercée,
Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs !

III

Ah ! que j’en ai suivi de ces petites vieilles !
Une, entre autres, à l’heure où le soleil tombant
Ensanglante le ciel de blessures vermeilles,
Pensive, s’asseyait à l’écart sur un banc,

Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre,
Dont les soldats parfois inondent nos jardins,
Et qui, dans ces soirs d’or où l’on se sent revivre,
Versent quelque héroïsme au cœur des citadins.

Celle-là, droite encor, fière et sentant la règle,
Humait avidement ce chant vif et guerrier ;
Son œil parfois s’ouvrait comme l’œil d’un vieil aigle ;
Son front de marbre avait l’air fait pour le laurier !

IV

Telles vous cheminez, stoïques et sans plaintes,
À travers le chaos des vivantes cités,
Mères au cœur saignant, courtisanes ou saintes,
Dont autrefois les noms par tous étaient cités.

Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire,
Nul ne vous reconnaît ! un ivrogne incivil
Vous insulte en passant d’un amour dérisoire ;
Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.

Honteuses d’exister, ombres ratatinées,
Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs ;
Et nul ne vous salue, étranges destinées !
Débris d’humanité pour l’éternité mûrs !

Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille,
L’œil inquiet, fixé sur vos pas incertains,
Tout comme si j’étais votre père, ô merveille !
Je goûte à votre insu des plaisirs clandestins :

Je vois s’épanouir vos passions novices ;
Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus ;
Mon cœur multiplié jouit de tous vos vices !
Mon âme resplendit de toutes vos vertus !

Ruines ! ma famille ! ô cerveaux congénères !
Je vous fais chaque soir un solennel adieu !
Où serez-vous demain, Èves octogénaires,
Sur qui pèse la griffe effroyable de Dieu ?


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