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Жорж Роденбах (Georges Rodenbach) (1855-1898)
Il est huit heures. Le village Sommeille encor, le paresseux ! J’étais le premier de tous ceux Qui sont maintenant sur la plage. Ici bien vite on s’amollit, Et comme on a dansé la veille Bien qu’il soit tard lorsqu’on s’éveille, On reste à rêver dans son lit. Moi je rêve sur la jetée À voir dans l’horizon lointain Des voiles au vent du matin Frémir sur la mer argentée. La lune comme un arc bandé Se recourbe dans les nuées, Et les vagues exténuées Meurent sur le sable ridé. Les villas ouvrent leurs persiennes Et montrent leurs salons coquets Où chantent parmi des bouquets D’invisibles musiciennes. Voici que tout s’anime et rit, Et les oisifs ont sur le sable Une joie indéfinissable À laisser dormir leur esprit, Et dans une place choisie, — Comme au soleil font les lézards — À s’abandonner aux hasards Du rêve et de la fantaisie !… Tout près des flots sont les enfants ; En vain leur mère les rappelle, Ils font des forts à coups de pelle Et poussent des cris triomphants, Quand la mer docile et fidèle Remplit d’eau leurs canaux étroits, Et qu’ils plantent, comme des rois, Des drapeaux sur leur citadelle, Jusqu’à ce que le flot grincheux Les repousse au pied de la digue Comme un aïeul qui se fatigue De leurs clameurs et de leurs jeux. D’autres plus bruns que des Arabes, Pieds nus, de l’eau jusqu’aux mollets, Prennent dans leurs petits filets Des crevettes et quelques crabes ; D’autres ramassent, vagabonds, Des coquillages à charnières Qu’on prendrait pour des bonbonnières Fleurant l’aigreur d’anciens bonbons. Et tandis qu’à la mer montante Fuit l’avant-garde des blondins L’armée heureuse des mondains Bivaque au seuil de chaque tente. Voilà les journaux du matin ! On lit, on crochette, on tricote ; Un gommeux suit une cocotte Qui lui sourit d’un air mutin. Des fleurs ! des fleurs ! qui veut des roses ? Et l’amoureux timide et cher Offre un bouquet payé très cher Qu’on prend avec de fins doigts roses. Là-bas les joueurs de croquet Poussent de grands cris de victoire : Hourra ! Hourra ! Hourra ! la noire Revient la première au piquet. Et tant que la marée est basse Sous les arceaux, par petits bonds, Comme des barques sous des ponts, Chaque boule à son tour repasse. Mais c’est l’heure du bain. Holà !… Toutes les cabines sont pleines ; Et ce n’est qu’après bien des peines Qu’on peut s’habiller en gala. Oh ! le costume drôlatique ! Dieu qu’on est laid ! Dieu qu’on est sot ! N’importe ! on court, on fait le saut Comme un clown au corps élastique. La mer est calme ! c’est un lac ! On plonge, on nage, on fait la planche, Et l’on a sur la vague blanche Comme un bercement de hamac ; Et quand le vent gonfle les lames La mer dans ses emportements Semble rouler des diamants Et les attache au cou des femmes. C’est si charmant qu’au bord de l’eau Un jeune peintre aquarelliste Épris d’art franc et réaliste Contemple en rêvant ce tableau, Puis s’abritant sous une ombrelle, Dans son album plein de croquis Il peint avec un art exquis Ce coin de plage — à l’aquarelle. Жорж Роденбах (Georges Rodenbach) Другие стихотворения поэта: Количество обращений к стихотворению: 250 |
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