Французская поэзия


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Пьер-Жан де Беранже (Pierre-Jean de Béranger) (1780-1857)
французский поэт



«L’Alchimiste»


Air de la Bonne vieille ; ou d’Aristippe

Tu vas, dis-tu, vieux et pauvre alchimiste,
Tirer de l’or des métaux indigents,
Et, faisant plus pour moi que l’âge attriste,
Me rajeunir par de secrets agents.
J’ouvre ma bourse à ta science occulte.
Mon cœur crédule au grand œuvre a recours.
Chacun pourtant conservera son culte.
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Sur ce brasier souffle donc en silence,
Ou d’un vieux livre interroge les mots a*.
Ton art est sûr ; le Pactole et Jouvence
Dans ce creuset vont marier leurs flots.
L’œil sur ce feu, que tu rêves de choses !
Vois-tu déjà le sourire des cours ?
Moi, pour mon front je n’attends que des roses.
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Ivre d’espoir, quel délire t’égare !
« Ô rois, dis-tu, baisez mes pieds poudreux.
« J’aurai plus d’or que Cortez et Pizarre
« N’en ont conquis pour d’autres que pour eux. »
Naguère encor, toi qui vivais d’aumônes,
Déjà l’orgueil rugit dans tes discours.
Achète au poids et sceptres et couronnes.
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Oui, rends-moi-les avec leur indigence ;
Rends à mon âme un corps plus vigoureux ;
À mon esprit ôte l’expérience ;
Souffle en mon cœur un sang plus généreux.
Puis t’échappant de ton palais de marbre,
En char pompeux bercé sur le velours,
Vois-moi dormir, heureux au pied d’un arbre.
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Je sais pourtant ce que vaut la richesse ;
Mais j’aime encor ; je possède et, cent fois,
J’ai craint de voir ma trop jeune maîtresse
Compter mes ans et les siens par ses doigts.
C’est du soleil qui sied à sa peau brune ;
C’est de l’été qu’il faut à nos amours.
Celle que j’aime est sourde à la fortune.
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Mais au creuset ta main que trouve-t-elle ?
Rien ! te voilà plus pauvre et moi plus vieux.
« Non, non, dis-tu ; demain, lune nouvelle ;
« Recommençons ; demain nous serons dieux. »
Tu mens, vieillard ; mais d’erreurs caressantes
J’ai tant besoin, que je te crois toujours.
Sur mon front nu, vois ces rides naissantes.
Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.


Пьер-Жан де Беранже (Pierre-Jean de Béranger)


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