|
||
|
|
Ãëàâíàÿ • Ñòèõè ïî òåìàì Ïîýòû ïî ïîïóëÿðíîñòè • Top 100 ñòèõîòâîðåíèé Ïåðåâîä÷èêè |
|
Ïüåð äå Ðîíñàð (Pierre de Ronsard) (1524-1585)
Mon fils, si tu sçavois ce qu’on dira de toy, Tu ne voudrais jamais desloger de chez moy, Enclos en mon estude : et ne voudrais te faire Salir ny fueilleter aux mains du populaire. Quand tu seras party, sans jamais retourner, Estranger loin de moy te faudra sejourner : » Car ainsi que le vent sans retourner s’en-vole, » Sans espoir de retour s’eschappe la parole. Or tu es ma parole, à qui de nuict et jour J’ay conté les propos que m’enseignoit Amour, Pour les mettre en ces vers qu’en lumiere tu portes, Crochetant, maugré moy, de mon bufet les portes, Pauvret ! qui ne sçais pas que nos peuples se font Plus subtilz par le nez que le Rhinoceront. Donc, avant que tenter le hazard du naufrage, Voy du port la tempeste, et demeure au rivage : « Trop tard on se repent, quand on s’est embarqué. Tu seras assez tost des mesdisans mocqué D’yeux, et de haussebecs, et d’un branler de teste. » Sage est celuy qui croit à qui bien l’admonneste. Tu sçais (mon cher enfant) que je ne te voudrois Ny tromper ny mocquer : laschement je faudrois, Comme un Tygre engendré de farouche nature, Si je voulois trahir ma propre geniture. Car tel que je te voy, n’agueres je te fis, Et je ne t’aime moins qu’un pere aime son fils. Quoy ? tu veux donc partir : et tant plus je te cuide Retenir au logis, plus tu hausses la bride. Va donc, puis qu’il te plaist : mais je te suppliray De respondre à chascun ce que je te diray, Afin que toy (mon fils) gardes bien en l’absence De moy le pere tien, l’honneur et l’innocence. Si quelque dame honneste et gentille de cœur (Qui aura l’inconstance et le change en horreur) Me vient, en te Usant, d’un gros sourcil reprendre Dequoy je ne devois oublier ma Cassandre, Qui la premiere au cœur le trait d’amour me mist, Et que le bon Petrarque un tel peché ne fist, Qui fut trente et un ans amoureux de sa dame, Sans qu’un[e] autre jamais luy peust eschauffer l’ame : Respons luy, je te pri’, que Petrarque sur moy N’avoit authorité de me donner sa loy, Ny à ceux qui viendroient apres luy, pour les faire Si long temps amoureux sans leur lien desfaire. Luymesme ne fut tel : car à voir son escrit Il estoit esveillé d’un trop gentil esprit Pour estre sot trente ans, abusant sa jeunesse, Et sa Muse, au giron d’une vieille maistresse : Ou bien il jouyssoit de sa Laurette, ou bien Il estoit un grand fat d’aimer sans avoir rien. Ce que je ne puis croire, aussi n’est-il croyable : Non, il en jouyssoit : puis l’a faite admirable, » Chaste, divine, saincte : aussi l’amoureux doit » Celebrer la beauté dont plaisir il reçoit : » Car celuy, qui la blasme apres la jouyssance, » N’est homme, mais d’un Tygre il a prins sa naissance. Quand quelque jeune fille est au commencement Cruelle, dure, fiere à son premier amant, Constant il faut attendre : il peut estre qu’une heure Viendra, sans y penser, qui la rendra meilleure. Mais quand elle devient voire de jour en jour Plus dure et plus rebelle, et plus rude en amour, On s’en doit esloigner, sans se rompre la teste A vouloir adoucir une si sotte beste. Je suis de tel advis : me blasme de cecy, Ou louë qui voudra, je le conseille ainsi. Les femmes bien souvent sont cause que nous sommes Volages et legers, amadoûans les hommes D’un espoir enchanteur, les tenans quelquefois Par une douce ruse un an, ou deux, ou trois, Dans les liens d’Amour sans aucune allegeance : Ce-pendant un valet en aura jouyssance, Ou bien quelque badin ce bien emportera, Et sa faulx dans le bled secrettement mettra. Et si ne laisseront, je parle des rusées, Qui ont au train d’amour leurs jeunesses usées (C’est bien le plus grand mal qu’un homme puisse avoir De servir quelque vieille accorte à decevoir) D’enjoindre des travaux qui sont insupportables, Des services cruels, des tasches miserables : Car sans avoir egard à la simple amitié De leurs pauvres servans, cruelles n’ont pitié, Non plus que fiers Tyrans en arrogance braves Des captifs enchaisnez à l’aviron esclaves. Il faut vendre son bien, il faut faire presens De chaisnes, de carquans, de diamans luisans : Il faut donner la Perle, et l’habit magnifique, Il faut entretenir la table, et la musique, Il faut prendre querelle, il faut les supporter : Certes j’aimerois mieux dessus le dos porter La hotte, pour curer les estables d’Augée, Que me voir serviteur d’une dame rusée. » La mer est bien à craindre, aussi est bien le feu, » Et le Ciel quand il est de tonnerres esmeu. » Mais trop plus est à craindre une femme clergesse, » Sçavante en l’art d’amour, quand elle est tromperesse : » Par mille inventions mille maux elle fait, » Et d’autantqu’elleestfemme,etd’autantqu’ellesçait. Quiconque fut le Dieu, qui la meit en lumiere, Il fut premier autheur d’une grande misere. Il falloit par presens consacrez aux autels Acheter noz enfans des grands Dieux immortels, Et non user sa vie avec ce mal aimable, Les femmes, passion de l’homme miserable, Miserable et chetif, d’autant qu’il est vassal, Durant le temps qu’il vit, d’un si fier animal. Mais je vous pri’, voyez comme par fines ruses Elles sçavent trouver mille feintes excuses, Apres qu’ell’ ont failly ! voyez Helene apres Qu’Ilion fut bruslé de la flame des Grecs, Comme elle amadoua d’une douce blandice Son badin de mary, qui pardonna son vice, Et qui plus que devant de ses yeux fut espris, Qui scintilloient encor les amours de Paris. Que dirons nous d’Ulysse ? encores qu’une trope De jeunes poursuyvans aimassent Penélope, Devorans tout son bien, si est-ce qu’il brusloit D’embrasser son espouse, et jamais ne vouloit Devenir immortel avec Circe la belle, Pour ne revoir jamais Penelope, laquelle Pleurant luy rescrivoit de son fascheux sejour, Pendant qu’en son absence elle faisoit l’amour : (Si bien que le Dieu Pan de ses jeux print naissance, D’elle et de ses muguets la commune semence) Envoyant tout expres, pour sa commodité, Son fils chercher Ulysse en Sparte la cité. » Voila comment la femme avec ses ruses donte » L’homme, de qui l’esprit toute beste surmonte. Quand on peult par hazard heureusement choisir Quelque belle maistresse, et l’avoir à plaisir, Soit de haut ou bas lieu, pourveu qu’elle soit fille Humble, courtoise, honneste, amoureuse et gentille, Sans fard, sans tromperie, et qui sans mauvaitié Garde de tout son cœur une simple amitié, Aimant trop mieux cent fois à la mort estre mise, Que de rompre sa foy quand elle l’a promise : Il la faut honorer tant qu’on sera vivant, Comme rare joyau qu’on treuve peu souvent. » Celuy certainement merite sur la teste » Le feu le plus ardent d’une horrible tempeste, » Qui trompe une pucelle : et mesmement alors » Qu’elle se donne à nous, et de cœur et de cors. N’est-ce pas un grand bien quand on fait un voyage. De rencontrer quelcun qui d’un pareil courage Veut nous accompagner, et comme nous passer Les torrens, les rochers fascheux à traverser ? Aussi n’est-ce un grand bien de trouver une amie, Qui nous ayde à passer ceste chetive vie, Qui, sans estre fardée, ou pleine de rigueur, Traite fidelement de son amy le cœur ? Dy leur, si de fortune une belle Cassandre Vers moy se fust monstrée un peu courtoise et tendre, Et pleine de pitié, eust cherché de guarir Le mal dont ses beaux yeux dix ans m’ont fait mourir, Non seulement du corps, mais sans plus d’une œillade Eust voulu soulager mon pauvre cœur malade, Je ne l’eusse laissée, et m’en soit à tesmoin Ce jeune enfant aislé qui des amours a soin. Mais voyant que tousjours elle marchoit plus fiere, Je desliay du tout mon amitié premiere, Pour en aimer une autre en ce pays d’Anjou, Où maintenant Amour me detient sous le j ou : Laquelle tout soudain je quitteray, si elle M’est, comme fut Cassandre, orgueilleuse et rebelle, Pour en chercher une autre, afin de voir un jour De pareille amitié recompenser m’amour, Sentant l’affection d’un[e] autre dans moymesme : » Car un homme est bien sot d’aimer si on ne l’aime. Or si quelqu’un apres me vient blasmer, dequoy Je ne suis plus si grave en mes vers que j’estoy A mon commencement, quand l’honneur Pindarique Enfloit empoulément ma bouche magnifique : Dy luy que les amours ne se souspirent pas D’un vers hautement grave, ains d’un beau stile bas, Populaire et plaisant, ainsi qu’a fait Tibulle, L’ingenieux Ovide, et le docte Catulle. Le fils de Venus hait ces ostentations : Il suffist qu’on luy chante au vray ses passions Sans enflure ny fard, d’un mignard et doux stile, Coulant d’un petit bruit, comme une eau qui distile. Ceux qui font autrement, ils font un mauvais tour A la simple Venus, et à son fils Amour. S’il advient quelque jour que d’une voix hardie J’anime l’eschafaut par une tragedie Sentencieuse et grave, alors je feray voir Combien peuvent les nerfs de mon petit sçavoir. Et si quelque furie en mes vers je rencontre, Hardy j’opposeray mes Muses alencontre : Et feray resonner d’un haut et grave son (Pour avoir part au bouc) la tragique tançon. Mais ores que d’Amour les passions je pousse, Humble je veux user d’une Muse plus douce. Non, non, ’je ne veux pas que pour ce livre icy J’entre dans une escolle, ou qu’un regent aussy Me lise pour parade : il suffit si m’amie Le touche de la main dont elle tient ma vie. Car je suis satisfait, si elle prend à gré Ce labeur que je vouë à ses pieds consacré, Et à celles qui sont de nature amiables, Et qui jusqu’à la mort ne sont point variables. Ïüåð äå Ðîíñàð (Pierre de Ronsard) Äðóãèå ñòèõîòâîðåíèÿ ïîýòà:
Êîëè÷åñòâî îáðàùåíèé ê ñòèõîòâîðåíèþ: 206 |
||
|
|
||
Ôðàíöóçñêàÿ ïîýçèÿ - dilet@narod.ru | ||