|
||
|
|
Ãëàâíàÿ • Ñòèõè ïî òåìàì Ïîýòû ïî ïîïóëÿðíîñòè • Top 100 ñòèõîòâîðåíèé |
|
Âèêòîð Ãþãî (Victor Hugo) (1802-1885) «Nuits d’hiver» I Comme la nuit tombe vite ! Le jour, en cette saison, Comme un voleur prend la fuite, S’évade sous l’horizon. Il semble, ô soleil de Rome, De l’Inde et du Parthénon, Que, quand la nuit vient de l’homme Visiter le cabanon, Tu ne veux pas qu’on te voie, Et que tu crains d’être pris En flagrant délit de joie Par la geôlière au front gris. Pour les heureux en démence L’âpre hiver n’a point d’effroi, Mais il jette un crêpe immense Sur celui qui, comme moi, Rêveur, saignant, inflexible, Souffrant d’un stoïque ennui, Sentant la bouche invisible Et sombre souffler sur lui, Montant des effets aux causes, Seul, étranger en tout lieu, Réfugié dans les choses Où l’on sent palpiter Dieu, De tous les biens qu’un jour fane Et dont rit le sage amer, N’ayant plus qu’une cabane Au bord de la grande mer, Songe, assis dans l’embrasure, Se console en s’abîmant, Et, pensif, à sa masure Ajoute le firmament ! Pour cet homme en sa chaumière, C’est une amère douleur Que l’adieu de la lumière Et le départ de la fleur. C’est un chagrin quand, moroses, Les rayons dans les vallons S’éclipsent, et quand les roses Disent : Nous nous en allons ! II Le soir qui verse, ô mystère ! Le ciel noir sur le ciel bleu, Entre l’espace et la terre Pose une barre de feu. Le couchant, dorant mon bouge, Ferme, sur l’ombre où je suis, Comme un verrou de fer rouge, La porte énorme des nuits. Cherchant au ciel des étoiles, Vous écoutez, matelots, Ce que le frisson des voiles Dit au tremblement des flots. La bise, bouche vivante, Les vents, les bruits, les typhons, Toute la grande épouvante Erre sous les cieux profonds. Je baisse mes yeux funèbres ; Je me sens dans ma terreur Compagnon de ces ténèbres Et frère de cette horreur. L’homme, en proie aux maux sans nombre, Porte en son cœur, morne enfer, Toute la honte de l’ombre, De l’abîme et de la chair. Je sens que ce crépuscule Me pénètre soucieux, Et qu’en moi l’âme recule Comme le jour dans les cieux. Il semble que tout s’altère, Se traîne, expire ou s’abat, Et qu’il reste de la terre Ce qui reste d’un combat. L’arbre, près du flot qui râle, Tord ses bras comme un banni ; On ne sait quel reflet pâle Des lueurs de l’infini Perce les bois sans feuillée, Et teint d’un livide éclair Cette cuirasse écaillée Que nous appelons la mer. Tandis que l’occident sombre Lutte contre le néant, Le levant s’emplit de l’ombre De tout le gouffre béant. Une main — est-ce la vôtre, Dieu ? — tire, en l’azur désert, Les astres l’un après l’autre Du puits de l’abîme ouvert. III Nuit partout. Rien ne résiste, Au couchant comme au midi. On sent la nature triste, Dieu froid, le mal enhardi. Dans l’univers où s’efface Le nombre et le mouvement, Les visions de l’espace Vont et viennent vaguement ; Et, tremblante dans ta gloire, Tu regardes, ô Vénus, Cette grande maison noire Pleine de pas inconnus. IV Les caps aux lugubres formes Se dressent de tous côtés Comme des talons énormes D’archanges précipités. L’eau bat le roc qu’elle insulte, Le vent bat l’eau qu’il poursuit ; Toute l’onde est un tumulte De montagnes dans la nuit. L’écume ; ni bords, ni centres ; De blancs flocons ; l’ouragan. Chaque vague est un des antres Où bâille l’hydre océan. On ne voit rien que la trombe Où la brume s’élargit ; C’est du hurlement qui tombe, De la neige qui rugit. L’onde sans fond court sans terme ; L’eau roule en plis tortueux ; Chaque flot s’ouvre, se ferme, Se rouvre… — ô flots monstrueux ! À jamais l’infini sombre Refait, défait, reconstruit Les écroulements sans nombre De ces cavernes de bruit. À jamais la vague essuie Le roc vert, l’écueil félon, Et, sous ses haillons de pluie, Sous ses cheveux d’aquilon, Chargé de siècles et d’âges, Soufflant dans de noirs clairons, Faisant un bruit de cordages, De tempête et d’avirons, Au fond de l’ombre insondable Où l’astre meurt prisonnier, Le pâle hiver formidable Passe, effrayant nautonier. V Oh ! reviens ! printemps ! fanfare Des parfums et des couleurs ! Toute la plaine s’effare Dans une émeute de fleurs. La prairie est une fête ; L’âme aspire l’air, le jour, L’aube, et sent qu’elle en est faite ; L’azur se mêle à l’amour. On croit voir, tant avril dore Tout de son reflet riant, Éclore au rosier l’aurore Et la rose à l’orient. Comme ces aubes de flamme Chassent les soucis boudeurs ! On sent s’ouvrir dans son âme De charmantes profondeurs. On se retrouve heureux, jeune, Et, plein d’ombre et de matin, On rit de l’hiver, ce jeûne, Avec l’été, ce festin. Oh ! mon cœur loin de ces grèves Fuit et se plonge, insensé, Dans tout ce gouffre de rêves Que nous nommons le passé ! Je revois mil huit cent douze, Mes frères petits, le bois, Le puisard et la pelouse, Et tout le bleu d’autrefois. Enfance ! Madrid ! campagne Où mon père nous quitta ! Et dans le soleil, l’Espagne ! Toi dans l’ombre, Pepita ! Moi, huit ans, elle le double ; En m’appelant son mari, Elle m’emplissait de trouble… — Ô rameaux de mai fleuri ! Elle aimait un capitaine ; J’ai compris plus tard pourquoi, Tout en l’aimant, la hautaine N’était douce que pour moi. Elle attisait son martyre Avec moi, pour l’embraser, Lui refusait un sourire Et me donnait un baiser. L’innocente, en sa paresse, Se livrant sans se faner, Me donnait cette caresse Afin de ne rien donner. Et ce baiser économe, Qui me semblait généreux, Rendait jaloux le jeune homme, Et me rendait amoureux. Il partait, la main crispée ; Et, me sentant un rival, Je méditais une épée Et je rêvais un cheval. Ainsi, du bout de son aile Touchant mon cœur nouveau-né, Gaie, ayant dans sa prunelle Un doux regard étonné, Sans savoir qu’elle était femme, Et riant de m’épouser, Cet ange allumait mon âme Dans l’ombre avec un baiser. Mal ou bien, épine ou rose, À tout âge, sages, fous, Nous apprenons quelque chose D’un enfant plus vieux que nous. Un jour la pauvre petite S’endormit sous le gazon… — Comme la nuit tombe vite Sur notre sombre horizon ! 15 janvier 1855 Âèêòîð Ãþãî (Victor Hugo) Äðóãèå ñòèõîòâîðåíèÿ ïîýòà: Òåìû ñòèõîòâîðåíèÿ: Çèìà (Hiver), Íî÷ü (Nuit) Êîëè÷åñòâî îáðàùåíèé ê ñòèõîòâîðåíèþ: 198 |
||
|
|
||
Ôðàíöóçñêàÿ ïîýçèÿ | ||