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Эмиль Верхарн (Emile Verhaeren) (1855-1916) «Pèlerinage» Où vont les vieux paysans noirs Par les couchants en or des soirs Dans les campagnes rouges ? À grands coups d’ailes affolées, En leurs toujours folles volées, Les moulins fous fauchent le vent. Les cormorans du vieil automne Clament au loin — et le ciel tonne Comme un tocsin parmi la nuit. C’est l’heure ample de la terreur, Où passe en son charroi d’horreur, Le vieux Satan des labours rouges. Par la campagne en grand deuil d’or, Où vont les vieux silencieux ? Quelqu’un a dû frapper l’été De mauvaise fécondité : Le blé, très dru, ne fut que paille. Les bonnes eaux n’ont point coulé Par les veines du champ brûlé ; Quelqu’un a dû frapper les sources ; Quelqu’un a dû sécher la vie, Comme une gorge inassouvie, D’un seul grand coup vide un plein verre, Par la campagne en grand deuil d’or. Où vont les vieux et leur misère ? L’âpre semeur des mauvais germes, Aux jours d’Avril baignant les fermes, Les vieux l’ont tous senti passer. Ils l’ont surpris morne et railleur, Penché sur les moissons en fleur ; Plein de foudre, comme l’orage. Les vieux n’ont rien osé se dire. Mais tous, craignant son rire Et que peut-être il ne revînt ; Sachant de plus par quel moyen On peut fléchir Satan païen, Qui règne encor sur la moisson, Par la campagne en grand deuil d’or, Où vont les vieux et leur frisson ? Le semeur d’or du mauvais blé Entend venir ce défilé D’hommes qui se taisent et marchent. Il sait que seuls ils ont encore, Au fond du cœur, qu’elle dévore, Toute la peur de l’inconnu. Qu’obstinément ils dérobent en eux Son culte, sombre et lumineux, Comme un minuit blanc de mercure, Et qu’ils redoutent ses révoltes, Et qu’ils supplient pour leurs récoltes Plus devant lui que devant Dieu. Par la campagne en grand deuil d’or, Où vont les vieux porter leur vœu ? Le Satan d’or des champs brûlés Et des fermiers ensorcelés Qui font des croix de la main gauche, Ce soir, dans le bois d’ombre et de feu rouge Sur un bloc noir qui soudain bouge, Depuis une heure est accoudé. Les vieux ont pu l’apercevoir, Avec des yeux dardés vers eux, D’entre ses cils de chardons morts. Ils ont senti qu’il écoutait Les silences de leur souhait Et leur prière uniquement pensée. Alors, subitement, Avec des gestes joints Tendus vers lui de loin, Pour seule offrande et seuls indices En un grand feu de branches lisses, Ils ont jeté un chat vivant. La bête, les pattes pliées, Est morte, en des rages liées. Après — vers son chaume tanné De vents d’automne et de grand froid, Chacun, par un chemin à soi, Sans rien savoir est retourné. Эмиль Верхарн (Emile Verhaeren) Другие стихотворения поэта: Количество обращений к стихотворению: 169 |
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Французская поэзия | ||