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Ãëàâíàÿ • Ñòèõè ïî òåìàì Ïîýòû ïî ïîïóëÿðíîñòè • Top 100 ñòèõîòâîðåíèé |
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Ýìèëü Âåðõàðí (Emile Verhaeren) (1855-1916) «Le Fléau» La Mort a bu du sang Au cabaret des Trois Cercueils. La Mort a mis sur le comptoir Un écu noir, « C’est pour les cierges et pour les deuils. » Des gens s’en sont allés Tout lentement Chercher le sacrement. On a vu cheminer le prêtre Et les enfants de chœur, Vers les maisons de l’affre et du malheur Dont on fermait les tragiques fenêtres. La Mort a bu du sang. Elle en est soûle. « Notre Mère la Mort, pitié ! pitié ! Ne bois ton verre qu’à moitié, Notre Mère la Mort, c’est nous les mères. C’est nous les vieilles à manteaux, Avec leurs cœurs en ex-votos, Qui marmonnons du désespoir En chapelets interminables ; Notre Mère de la Mort et du soir, C’est nous les béquillantes et minables Vieilles, tannées Par la douleur et les années : Nos corps sont prêts pour tes tombeaux, Nos seins sont prêts pour tes couteaux. » — La Mort, dites, les bonnes gens, La Mort est soûle : Sa tête oscille et roule Comme une boule. La Mort a bu du sang Comme un vin frais et bienfaisant ; Il coule doux aux joints de la cuirasse De sa carcasse. La Mort a mis sur le comptoir Un écu noir. Elle en voudra pour ses argents Au cabaret des pauvres gens. « Notre-Dame la Mort, c’est nous les vieux des guerres Tumultuaires, Tronçons mornes et terribles entailles De la forêt des victoires et des batailles, Notre-Dame des drapeaux noirs Et des débâcles dans les soirs, Notre-Dame des glaives et des balles Et des crosses contre les dalles, Toi, notre vierge et notre orgueil, Toujours si fière et si droite, au seuil De l’horizon tonnant de nos grands rêves ; Notre-Dame la Mort, toi, qui te lèves, Au ballant de nos tambours, Obéissante — et qui, toujours, Nous fus belle d’audace et de courage, Notre-Dame la Mort, cesse ta rage, Et daigne enfin nous voir et nous entendre Puisqu’ils n’ont point appris, nos fils, à se défendre. » — La Mort, dites, les vieux verbeux, La Mort est soûle, Comme un flacon qui roule Sur la pente des chemins creux. La Mort n’a pas besoin De votre mort au bout du monde, C’est au pays qu’elle enfonce la bonde Du tonneau rouge. La Mort est bien assise, au seuil Du Cabaret des Trois Cercueils, Elle exècre s’en aller loin, Sous les hasards des étendards. « Dame la Mort, c’est moi la Sainte Vierge Qui viens en robe d’or chez vous, Vous supplier à deux genoux D’avoir pitié des gens de mon village. Dame la Mort, c’est moi, la Sainte Vierge, De l’ex-voto, près de la berge, C’est moi qui fus de mes pleurs inondée Au Golgotha, dans la Judée, Sous Hérode, voici mille ans. Dame la Mort, c’est moi, la Sainte Vierge Qui fis promesse aux gens d’ici D’aller toujours crier merci Dans leurs détresses et leurs peines ; Dame la Mort, c’est moi la Sainte Vierge. » — La Mort, dites, la bonne Dame, Se sent au cœur comme une flamme Qui, de là, monte à son cerveau. La Mort a soif de sang nouveau, La Mort est soûle, Un seul désir comme une houle. Remplit sa brumeuse pensée. La Mort n’est point celle qu’on éconduit Avec un peu de prière et de bruit, La Mort s’est lentement lassée Des bras tendus en désespoirs, Bonne Vierge des reposoirs, La Mort est soûle Et sa fureur, hors des ornières, Par les chemins des cimetières, Bondit et roule Comme une boule. — « La Mort, c’est moi, Jésus, le Roi, Qui te fis grande ainsi que moi Pour que s’accomplisse la loi Des choses en ce monde. La Mort, je suis la manne d’or Qui s’éparpille du Thabor Divinement, jusqu’aux confins du monde. Je suis celui qui fus pasteur, Chez les humbles, pour le Seigneur ; Mes mains de gloire et de splendeur Ont rayonné sur la douleur, La Mort, je suis la paix du monde. » — La Mort, dites, le Seigneur Dieu, Est assise, près d’un bon feu, Dans une auberge où le vin coule Et n’entend rien, tant elle est soûle. Elle a sa faux et Dieu a son tonnerre. En attendant, elle aime à boire et le fait voir À quiconque voudrait s’asseoir, Côte à côte, devant un verre. Jésus, les temps sont vieux, Et chacun boit comme il le peut Et qu’importent les vêtements sordides Lorsque le sang nous fait les dents splendides. Et la Mort s’est mise à boire, les pieds au feu ; Elle a même laissé s’en aller Dieu Sans se lever sur son passage ; Si bien que ceux qui la voyaient assise Ont cru leur âme compromise. Durant des jours et puis des jours encor, la Mort A fait des dettes et des deuils, Au cabaret des Trois Cercueils ; Puis, un matin, elle a ferré son cheval d’os, Mis son bissac au creux du dos Pour s’en aller à travers la campagne. De chaque bourg et de chaque village, Les gens étaient venus vers elle avec du vin, Pour qu’elle n’eût ni soif ni faim, Et ne fît halte au coin des routes ; Les vieux portaient de la viande et du pain, Les femmes des paniers et des corbeilles Et les fruits clairs de leur verger, Et les enfants portaient des miels d’abeilles. La Mort a cheminé longtemps, Par le pays des pauvres gens, Sans trop vouloir, sans trop songer, La tête soûle Comme une boule. Elle portait une loque de manteau roux, Avec de grands boutons de veste militaire, Un bicorne piqué d’un plumet réfractaire Et des bottes jusqu’aux genoux. Sa carcasse de cheval blanc Cassait un vieux petit trot lent De bête ayant la goutte Sur les pierres de la grand’route ; Et les foules suivaient vers n’importe où, Le grand squelette aimable et soûl Qui trimballait sur son cheval bonhomme L’épouvante de sa personne Jusqu’aux lointains de peur et de panique, Sans éprouver l’horreur de son odeur Ni voir danser, sous un repli de sa tunique, Le trousseau de vers blancs qui lui tétaient le cœur. Ýìèëü Âåðõàðí (Emile Verhaeren) Äðóãèå ñòèõîòâîðåíèÿ ïîýòà: Êîëè÷åñòâî îáðàùåíèé ê ñòèõîòâîðåíèþ: 171 |
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