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Анна де Ноай (Anna de Noailles) (1876-1933)
Le monde nous prend trop de sang Et trop de peine, Le cœur est toujours languissant Ou hors d’haleine. Je veux connaître un bonheur mol Et monotone, A l’ombre du cloître espagnol De Tarragone, Cloître où le jardin est si fou Qu’on le compare A Palma, le point le plus doux Des Baléares… Je ne veux, dans ce cloître heureux Sous la verdure, Que les saints les plus amoureux De la Nature. Ils viendront près du gazon ras Aux promenades, Saint Satyr et Sainte Sarah, Saint Alcibiade, Sainte Olive qui dut aimer À la folie Les petits arbres enfermés En Italie… Mais goûte-t-on sous de tels cieux Des plaisirs calmes, Au bercement délicieux Des tièdes palmes ? Ce couvent où le rosier tend Son arabesque, Semble un harem où l’on attend L’amant mauresque, Les ogives d’un blanc de chaux Semblent des portes, Par où le Faune des jours chauds, Aux jambes tortes, Entre, en pressant les sept roseaux De l’âpre flûte, Dont la stridence au fond des os Se répercute. – Cher Faune, allez-vous-en d’ici, Êtes-vous ivre De venir déranger ainsi La paix de vivre ?… Mais il répond « Dans ces jardins, Clairs comme un vase, Je prépare vos jeux divins Et votre extase, « Les bienheureuses au cœur pur Seraient inertes Si je ne dardais dans l’azur Mes flèches vertes ; « Elles ne lèvent vers leur dieu Des mains blessées, Que si mon chant mélodieux Les a percées ; « Elles n’élancent vers le ciel Leurs insomnies, Que quand ma lèvre de son miel Les a munies. « C’est une même volupté Molle, profonde, Qui pendant les jours de l’été Mène le monde, « Partout où l’on voit s’émouvoir Un cœur sensible, C’est que ma flèche et mon pouvoir L’ont pris pour cible. « Ce sont des nymphes aux yeux clairs Et des faunesses, Qui dans les cloîtres blancs et verts Meurent d’ivresse ; « C’est moi qui fais vivre et briller Le feu des cierges, Moi qui mets des roses aux pieds Des saintes vierges, « Moi qui dis d’un ton ingénu : « Mes brebis paissent » Moi qui suis le berger cornu Qui les caresse, « C’est moi Pâques, moi la clarté, Moi le mystère C’est moi qui suis, en vérité, Toute la terre… » Анна де Ноай (Anna de Noailles) Другие стихотворения поэта: Количество обращений к стихотворению: 227 |
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