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Анна де Ноай (Anna de Noailles) (1876-1933)
Laissez-moi m’en aller, l’azur est comme une eau, L’espace a la couleur joyeuse des jonquilles, Le pin met des fils d’or dans ses vives aiguilles, Les chemins éblouis montent sur le coteau ! Laissez-moi m’en aller, les abeilles m’attendent, Je vois déjà là-bas le frêne le plus gai Me faire signe avec son feuillage laqué, Et le saule onduleux me jette ses guirlandes. Les bosquets sont chantants, le pré vert est gonflé, La chaleur du matin sur le platane arrive, La colline est paisible, et semble être la rive De l’azur, frémissant et joyeux lac ailé… Avec les yeux, les mains, les bras ouverts, tout l’être, Je veux aller toucher le sucre humide et bleu De l’espace, où, nouant et dénouant leur jeu, Les oiseaux enivrés s’élancent et pénètrent. Je vais vers l’horizon où près d’un arbre noir Je vois luire un toit plat sur une maison rose, Toute la volupté de Florence repose Sur ce toit vaporeux, et clair comme un miroir. Ainsi je puis goûter, respirer, toucher, mordre La beauté du matin, la gomme des bourgeons, Le feuillage étoilé des bambous, l’air, les joncs, La craintive anémone et la rose en désordre ! Ainsi je puis jeter mes mains sur l’infini, Tout est près de ma bouche et rien ne se refuse, Nul perfide soupir, nul écart, nulle ruse N’éloignent de mes doigts le jour vert et verni. Et pourtant une angoisse invincible et profonde, Ivre, lourde d’odeur comme un pesant cédrat, Fait trembler mes genoux et retomber mes bras Et je suis prisonnière au cœur vaste du monde. C’est que, sans m’apaiser au fleuve de l’été, Sans jamais assoupir mon rêve qui se pâme, Ô brûlant Univers ! je vais, cherchant votre âme Qui n’est que dans les yeux et dans la volupté… Анна де Ноай (Anna de Noailles) Другие стихотворения поэта: Количество обращений к стихотворению: 228 |
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