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Анна де Ноай (Anna de Noailles) (1876-1933)
Dame persane, en robe rose, Qui dansez dans le frais vallon, Tournez vers mon âme morose Votre œil de biche, sombre et long. Veuillez écouter ma complainte : J’étais faite aussi pour danser Sur la tulipe et la jacinthe Que vos pieds viennent caresser. Un bas en or sur votre jambe Luit comme un réseau de soleil, Et tout votre jeune être flambe Auprès d’un branchage vermeil. Ce bel arbuste solitaire, Où vous enroulez votre bras, Est en feu comme un lampadaire, Et parfume comme un cédrat. Indiquez-moi la douce allée Qui mène à ce pays charmant ; Quel est le nom de la vallée Où vous dansez éperdument ? Qui fut votre amant, quel poète ? Quel beau marchand, quel émailleur ? Quel enfant qui jetait sa tête Dans vos genoux couleur de fleur ? Quand vous dormiez sur l’herbe, inerte Le papillon dans votre col Enfonçait-il son aile, verte Comme les flammes de l’alcool ? Quels dieux serviez-vous ? L’eau luisante ? Le doux soleil fils de Thétis ? Ou la prairie éblouissante De neige et de myosotis ? Vos mains tenaient-elles les rênes D’un éléphant noir de l’Iran, Dont les clochettes indiennes Frappaient la housse de safran ? Sous le cyprès de la prairie, Où court le faisan argenté, Écoutiez-vous la sonnerie Des soldats traversant l’été ? Aux grilles d’or de la terrasse, Posiez-vous votre front trop lourd À l’heure où le désir s’amasse Sur le cœur constellé d’amour ? Comme je vois à tous vos gestes, À vos secrets qu’on peut saisir, À toutes vos mines célestes, Que vous n’aimiez que le plaisir Que t’importait, ange farouche, Ardent, faible et voluptueux, Ce que, loin de ta douce bouche, Les vieux sages disaient entre eux. Pendant leur morne promenade, Sur les bords du Tigre, en été, Roulant leurs chapelets de jade, Ils maudissaient la volupté. Ils disaient que, puisque tout passe, Puisque l’être est pareil au vent, Il faut méditer dans l’espace, Sous les platanes d’un couvent. — Mais toi, danseuse au clair délire, Gâteau de miel, de lis et d’or Tu ris et dédaignes de lire Leurs manuscrits où l’on s’endort. Que leur corps usé se repose ! Mais toi, lorsque le rossignol Se gorge du vin de la rose Et tombe étourdi sur le sol, Lorsque, sous la blanche églantine, Dans l’épais tapis des cerfeuils, La lune emplit d’ardeur divine Les loups, les lynx et les chevreuils, Tu t’élances sous le beau cèdre, Tu caresses ses noirs rameaux, Tu danses, grave comme un prêtre, Chaude comme les animaux ! Tu chantes, et ta cantilène Jaillit, bondit, comme un jet d’eau, Toute ton âme se promène Du vallon noir au noir coteau ! Tu dis que c’est l’heure de vivre, Que le moment de vivre est court, Que ton Dieu veut que l’on s’enivre, De parfum, de vin et d’amour ! Tu dis que la terre est sans joie Pour ceux qui sont dans le tombeau, Qu’il faut que le désir s’éploie Comme un vautour cruel et beau ! Tu dis, danseuse sanglotante, Mêlant les pleurs à ton appel, Que voici l’heure haletante Où bout le sang universel ! Voix joyeuse et désespérée, Ah que veux-tu donc obtenir Par ton angoisse humble et sacrée, Qui semble gémir ou hennir ? Tu chantes la vie, et la vie ! Mais, ô soif de l’immensité, Je sais que ta suprême envie Est de mourir de volupté… Анна де Ноай (Anna de Noailles) Другие стихотворения поэта: Количество обращений к стихотворению: 227 |
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