Французская поэзия


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Альбер Мера (Albert Mérat) (1840-1909)
французский поэт



«Marmorea»


Ma beauté comme l’or verse de froids rayons ;
Mon front n’a pas de rêve, et mon cœur est la chose
Que je n’ai point senti battre sous ma peau rose.
Mon âme n’a jamais connu les passions.

Ce n’est pas moi qui suis la courtisane blême,
Peureuse de montrer ses bras et ses seins nus :
J’ai le sein aussi blanc que les belles Vénus,
Et mes deux bras ouverts suffisent pour qu’on m’aime.

Pour mes yeux, je puis bien dire qu’ils sont charmants,
Étant très-bleus avec des lueurs d’auréole ;
Et j’aime à me donner le plaisir peu frivole
De voir sous leur regard éclore les amants.

Je porte les velours pompeux comme une reine ;
Je marche triomphante, et vous ne savez pas
L’art suprême qu’il faut pour conduire ses pas
Lentement, dans les plis d’une robe qui traîne.

Je regrette l’usage ancien des anneaux d’or
Craquant aux dix doigts nus et fins des pieds d’albâtre.
Orgueilleuse, j’aurais bu comme Cléopâtre
Les deux perles d’Antoine, impérial trésor.

Vous voyez que je suis savante : un blond poète
Me dit un jour cela dans un sonnet très-fort.
Je crois qu’il m’adorait ; ce fut son plus grand tort,
Les vers trop amoureux me portent à la tête.

Qu’y pouvons-nous, malgré nos sourires moqueurs,
Esclaves sérieux des blanches amoureuses,
Si vous faites de nos grâces peu langoureuses
Aussi tragiquement des chaînes à vos cœurs ?…

Car vous venez à nous, buveurs de poésie,
Encor que vous vantiez celles qui ne sont plus.
— Fais trêve, mon poète, aux regrets superflus,
Et dis-moi si je suis moins belle qu’Aspasie.


Альбер Мера (Albert Mérat)


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