Французская поэзия


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Альбер Мера (Albert Mérat) (1840-1909)
французский поэт



«Étrennes à Rose»


Ouvrez-moi ! c’est moi, la chère étonnée,
Ne m’adressez pas ce malin regard !
Je passais… Je suis monté — par hasard,
Pour vous souhaiter la nouvelle année ;

Pour vous souhaiter des bals d’Opéra
Tous les jours, et longs comme le carême,
Où nul ne s’oublie à dire : « Je t’aime, »
Quand on lui demande où l’on soupera ;

Pour vous souhaiter un teint toujours rose,
Un front toujours blanc, des yeux toujours noirs,
Et quelques amants pour causer les soirs,
Au café, de rien ou bien d’autre chose.

Vous m’avez un peu connu, l’an passé…
Voici de cela quinze jours ou seize.
L’Amour, ce petit chérubin obèse,
Sur mon cœur s’était lourdement posé.

C’est très-loin, je sais, pour me reconnaître,
C’est très-loin… Et puis, l’on ne peut toujours
Garder dans son cœur tous ses vieux amours…
Où mettrait-on ceux qui viennent de naître ?

Je ne sais ce qui me plaisait en vous
Le plus : votre pied cambrant la bottine,
Et qui vaillamment trottine, trottine…
Ou vos yeux malins et quelquefois doux ?

Tes façons, ton air de bohémienne,
Ta robe si prompte à se chiffonner,
Ta beauté du diable et qui fit tourner
La tête de vingt rêveurs — et la mienne ?

Le petit chapeau qui t’allait si bien,
Ton esprit mordant ainsi qu’un acide,
Ta mine effrontée, ardente ou placide,
Ta bouche qui cause en ne disant rien ?…

Te rappelles-tu cette fantaisie
Qui te prit, un soir ? Tu m’offris gaîment
Dix de tes cheveux, et d’un ton charmant :
« Gardez-les bien, c’est de la poësie ! »

Ne me fiant pas même à mes habits,
Je serrai les chers cheveux dans ma montre.
Les voici ! — Veux-tu que je te les montre,
Illustrant ces mots : « Dix trous en rubis » ?

Vous rappelez-vous cette bonne idée
Qui vous prit, un jour, de me dire adieu,
Et, pour votre part, que la chose eut lieu
Gracieusement, sans pose guindée ?

Et l’air que je pris, n’ayant pu jamais
Rire au dénoûment de la comédie,
Quand tu t’en allas, petite étourdie,
Emportant bien loin tout ce que j’aimais ?

Ah ! mais, qu’est-ce donc que je te raconte ?
Voici que je fais un joli retour !
Cela s’intitule : « Histoire d’amour, »
Et c’est aussi vieux et fade qu’un conte.

Et je ne suis pas venu pour cela ;
Non, non : — aussi vrai, chère, que je t’aime,
Et qu’on pourrait bien reprendre le thème
Charmant, quand Avril donnera le la.


Альбер Мера (Albert Mérat)


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