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Альбер Мера (Albert Mérat) (1840-1909)
À José Maria de Heredia Vers les derniers élans des cimes, près des glaces, Les herbes où le pied ne laisse point de traces Tapissent le revers des pentes au midi. Le soleil qui nous donne un printemps attiédi Et qui, lorsque s’en va l’été plein de murmures, Sur le flanc des coteaux sourit aux vignes mûres, Vif et brutal ici, vous brûlerait, si l’air Dont l’aile sans repos fouette le glacier clair, N’en brisait les rayons au souffle de sa bise. Le ciel n’est pas clément et la montagne est grise. Ni feuillages, ni toits rustiques, ni chansons ; Hormis le coloris très-pâle des gazons Et ces arbustes pleins de fleurs qui sont des roses, On n’imagine pas la tristesse des choses Sur ces larges plateaux qui reculent sans fin. Bien que pauvres, ils ont, pour apaiser la faim Des troupeaux, leur foison nourrissante d’herbages ; Et, débouchant d’un pli que forment les pacages, Nous fîmes tout à coup rencontre d’un berger. Il était devant nous, impassible, étranger Sûrement au désir de savoir qui nous sommes, La tête haute, grave et simple entre les hommes, Le regard vague, mais attentif au troupeau. Je ne sais plus comment son vêtement de peau De l’épaule tombait à la large ceinture, Mais je sais que la fière et sauvage nature Du montagnard cadrait avec l’habillement. L’homme ne faisait pas le moindre mouvement. Ses traits rudes avaient un air doux ; le visage Accusait bien trente ans, peut-être davantage : Vous savez comme il est difficile de voir, Sous le hâle du cuir, l’âge que peut avoir Le paysan qui va par le vent ou la brume, Lorsque l’aube fraîchit, lorsque midi s’allume, Conduire des troupeaux ou labourer les champs. Les chiens noirs et poilus, qui ne sont pas méchants Aux brebis, l’œil au guet et les prunelles mates, Veillaient, longs et couchés, la tête dans leurs pattes. Le troupeau sous leur garde errait tranquillement ; Et le berger muet, dans le recueillement, Et qui, sans la chercher, trouvait son attitude, Au milieu de cette âpre et forte solitude, Avec ses chiens, avec son grand troupeau rôdeur, Sur ce plateau prochain du ciel, et dans l’odeur Qui sous un frisson d’air monte des pâturages, Debout, semblait un roi pasteur des anciens âges. À cette heure où la lune, éclat charmant du soir, Éveille dans le fond du ciel limpide et noir Les astres, un par un, qui sommeillent encore ; Quand, trouant l’épaisseur de la sanglante aurore, Après la nuit, avant le matin souriant, Le farouche soleil jaillit de l’Orient ; Et dans le jour, durant les heures monotones, Le long des durs hivers et des plaintifs automnes, Cet homme rejeté loin des hommes, comment Porte-t-il sans fléchir le morne isolement ? — C’est que le tenant loin du monde qui s’efface, La nature avec lui s’explique face à face ; C’est que le matin pense et que l’herbe a des voix, Et que les ouragans qui passent dans les bois, Formidables archets des lyres infinies, Savent aussi, sans nous, faire des symphonies ; Et, sans l’avoir appris, il devine cela. Sa science lui vient de ce livre : et voilà Comment les bergers sont sorciers dans les campagnes. Et le plateau qui suit la base des montagnes, Étant très-grand, laissa longtemps devant mes yeux L’image du berger droit et silencieux. Альбер Мера (Albert Mérat) Другие стихотворения поэта: Количество обращений к стихотворению: 204 |
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