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Ïîýòû ïî ïîïóëÿðíîñòèTop 100 ñòèõîòâîðåíèé


Øàðëü Êðî (Charles Cros) (1842-1888)
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«Lento»


Je veux ensevelir au linceul de la rime
Ce souvenir, malaise immense qui m’opprime.
                          *
Quand j’aurai fait ces vers, quand tous les auront lus
Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus.
                          *
Car ce mal est trop grand pour que seul je le garde
Aussi, j’ouvre mon âme à la foule criarde.
                          *
Assiégez le réduit de mes rêves défunts,
Et dispersez ce qu’il y reste de parfums.
                          *
Piétinez le doux nid de soie et de fourrures ;
Fondez l’or, arrachez les pierres des parures.
                          *
Faussez les instruments. Encrassez les lambris ;
Et vendez à l’encan ce que vous aurez pris.
                          *
Pour que, si quelque soir l’obsession trop forte
M’y ramène, plus rien n’y parle de la morte.
                          *
Que pas un coin ne reste intime, indéfloré.
Peut-être, seulement alors je guérirai.
                          *
(Avec des rythmes lents, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)
                          *
Un jour, j’ai mis mon cœur dans sa petite main
Et, tous en fleur, mes chers espoirs du lendemain.
                          *
L’amour paye si bien des trésors qu’on lui donne !
Et l’amoureuse était si frêle, si mignonne !
                          *
Si mignonne, qu’on l’eût prise pour une enfant
Trop tôt belle et que son innocence défend.
                          *
Mais, elle m’a livré sa poitrine de femme,
Dont les soulèvements semblaient trahir une âme.
                          *
Elle a baigné mes yeux des lueurs de ses yeux,
Et mes lèvres de ses baisers délicieux.
                          *
(Avec des rythmes doux, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)
                          *
Mais, il ne faut pas croire à l’âme des contours,
À la pensée enclose en deux yeux de velours.
                          *
Car un matin, j’ai vu que ma chère amoureuse
Cachait un grand désastre en sa poitrine creuse.
                          *
J’ai vu que sa jeunesse était un faux dehors,
Que l’âme était usée et les doux rêves morts.
                          *
J’ai senti la stupeur d’un possesseur avide
Qui trouve, en s’éveillant, sa maison nue et vide.
                          *
J’ai cherché mes trésors. Tous volés ou brisés !
Tous, jusqu’au souvenir de nos premiers baisers !
                          *
Au jardin de l’espoir, l’âpre dévastatrice
N’a rien laissé, voulant que rien n’y refleurisse.
                          *
J’ai ramassé mon cœur, mi-rongé dans un coin,
Et je m’en suis allé je ne sais où, bien loin.
                          *
(Avec des rythmes sourds, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)
                          *
C’est fièrement, d’abord, que je m’en suis allé
Pensant qu’aux premiers froids, je serais consolé.
                          *
Simulant l’insouci, je marchais par les rues.
Toutes, nous les avions ensemble parcourues !
                          *
Je n’ai pas même osé fuir le mal dans les bois.
Nous nous y sommes tant embrassés autrefois !
                          *
Fermer les yeux ? Rêver ? Je n’avais pas dans l’âme
Un coin qui n’eût gardé l’odeur de cette femme.
                          *
J’ai donc voulu, sentant s’effondrer ma raison,
La revoir, sans souci de sa défloraison.
                          *
Mais, je n’ai plus trouvé personne dans sa forme.
Alors le désespoir m’a pris, lourd, terne, énorme.
                          *
Et j’ai subi cela des mois, de bien longs mois,
Si fort, qu’en trop parler me fait trembler la voix.
                          *
Maintenant c’est fini. Souvenir qui m’opprimes,
Tu resteras, glacé, sous ton linceul de rimes.


Øàðëü Êðî (Charles Cros)


Äðóãèå ñòèõîòâîðåíèÿ ïîýòà:
  1. L’Orgue
  2. Sonnet cabalistique
  3. Destinée
  4. Berceuse
  5. Roses et Muguets


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