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Робер Деснос (Robert Desnos) (1900-1945) «Quartier Saint-Merri» Au coin de la rue de la Verrerie Et de la rue Saint-Martin Il y a un marchand de mélasse. Un jour d'avril, sur le trottoir Un cardeur de matelas Glissa, tomba, éventra l'oreiller qu'il portait. Cela fit voler des plumes Plus haut que le clocher de Saint-Merri. Quelques-unes se collèrent aux barils de mélasse. Je suis repassé un soir par là, Un soir d'avril, Un ivrogne dormait dans le ruisseau. La même fenêtre était éclairée. Du côté de la rue des Juges-Consuls Chantaient des gamins. Là, devant cette porte, je m'arrête. C'est de là qu'elle partit. Sa mère échevelée hurlait à la fenêtre. Treize ans, à peine vêtue, Des yeux flambant sous des cils noirs, Les membres grêles. En vain le père se leva-t-il Et vint à pas pesants, Traînant ses savates, Attester de son malheur Le ciel pluvieux. En vain, elle courait à travers les rues. Elle s'arrêta un instant rue des Lombards À l'endroit exact où, par la suite, Passa le joueur de flûte d'Apollinaire. Du cloître Saint-Merri naissaient des rumeurs. Le sang coulait dans les ruisseaux, Prémice du printemps et des futures lunaisons. L'horloge de la Gerbe d'Or Répondait aux autres horloges, Au bruit des attelages roulant vers les Halles. La fillette à demi nue Rencontra un pharmacien Qui baissait sa devanture de fer. Les lueurs jaune et verte des globes Brillaient dans ses yeux, Les moustaches humides pendaient. — Que fais-tu, la gosse, à cette heure, dans la rue ? Il est minuit, Va te coucher. — Dans mon jeune temps, j'aimais traîner la nuit J'aimais rêver sur des livres, la nuit. Où sont les nuits de mon jeune temps ? — Le travail et l'effort de vivre M'ont rendu le sommeil délicieux. C'est d'un autre amour que j'aime la nuit. Un peu plus loin, au long d'un pont Un régiment passait Pesamment. Mais la petite fille écoutait le pharmacien. Liabeuf ou son fantôme maudissait les menteurs Du côté de la rue Aubry-le-Boucher. — Va te coucher petite Les horloges sonnent minuit, Ce n'est ni l'heure ni l'âge de courir les rues. L'eau clapotait contre un ponton Trois vieillards parlaient sous le pont L'un disait oui et l'autre non. — Oui le temps est court, non le temps est long… — Le temps n'existe pas dit le troisième. Alors parut la petite fille. En sifflotant le pharmacien S'éloignait dans la rue Saint-Martin Et son ombre grandissait. — Bonjour petite dit l'un des vieux — Bonsoir dirent les deux autres — Vous sentez mauvais dit la petite. Le régiment s'éloignait dans la rue Saint-Jacques, Une femme criait sur le quai, Sur la berge un oiseau blessé sautillait. — Vous sentez mauvais dit la petite — Nous sentirons tous mauvais, dit le premier vieillard Quand nous serons morts. — Vous êtes morts déjà, dit la petite Puisque vous sentez mauvais ! Moi seule ne mourrai jamais. On entendit un bruit de vitre brisée. Presque aussitôt retentit La trompe grave des pompiers. Des lueurs se reflétaient dans la Seine. On entendit courir des hommes, Puis ce fut le bruit de la foule. Les pompes rythmaient la nuit, Des rires se mêlaient aux cris, Un manège de chevaux de bois se mit à fonctionner. Chevaux de bois ou cochons dorés Oubliés sur le parvis Depuis la dernière fête. Charlemagne rougeoyait, Impassibles les heures sonnaient, Un malade agonisait à l'Hôtel-Dieu. L'ombre du pharmacien Qui s'éloignait vers Saint-Martin-des-Champs Épaississait la nuit. Les soldats chantaient déjà sur la route : Des paysans pour les voir Collaient aux fenêtres leurs faces grises. La petite fille remontait l'escalier Qui mène de la berge au quai. Une péniche fantôme passait sous le pont. Les trois vieillards se préparaient à dormir Dans les courants d'air au bruit de l'eau. L'incendie éventrait ses dernières barriques. Les poissons morts au fil de l'eau Flèches dans la cible des ponts, Passaient avec des reflets. Tintamarre de voitures Chants d'oiseaux Son de cloche — Ho ! petite fille Ta robe tombe en lambeaux On voit ta peau. — Où vas-tu petite fille ? — C'est encore toi le pharmacien Avec tes yeux ! ronds comme des billes ! Détraqué comme une vieille montre, Là-bas, sur le parvis Notre-Dame Le manège hennissait sa musique. Des chevaux raides se cabraient aux carrefours. Hideusement nus, Les trois vieillards s'avançaient dans la rue. Au coin des rues Saint-Martin et de la Verrerie Une plume flottait à ras du trottoir Avec de vieux papiers chassés par le vent. Un chant d'oiseau s'éleva square des Innocents. Un autre retentit à la Tour Saint-Jacques. Il y eut un long cri rue Saint-Bon Et l'étrange nuit s'effilocha sur Paris. Робер Деснос (Robert Desnos) Другие стихотворения поэта: Количество обращений к стихотворению: 171 |
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Французская поэзия | ||